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Les indicateurs économiques clés à suivre par les entreprises françaises au Japon en 2010
Louis-Michel Morris, Chef du service économique régional à l’ambassade de France au Japon
Edito | 9 décembre 2009
Croissance, exportations françaises, parité des changes, déflation, relation Japon-Europe : quelles tendances pour 2010 ? lalettremensuelle.fr livre les indicateurs clés

Quelle croissance en 2010 ?
Les prévisions de croissance pour l’année calendaire 2010 au Japon varient entre + 1,4% (consensus des économistes), +1,7% (FMI) et +1,8% (OCDE). L’amélioration sera donc sensible par rapport à 2009 (-5,7% pour le consensus, -5,4% pour le FMI et -5,3% pour l’OCDE), sans toutefois combler le retard. La croissance de 2010 sera largement encore dopée par les cinq plans de relance budgétaires mis en place cette année, ainsi que par la politique accommodante de la Banque du Japon. Au delà de 2010, deux questions vont se poser : comment assurer la durabilité de la reprise et la soutenabilité des finances publiques ? On peut espérer que la reprise des exportations fournira le relais de croissance attendu et que l’épargne japonaise continuera à s’investir largement en Japan Government Bonds.

Vers une reprise des exportations françaises au Japon ?
Du fait de la forte récession japonaise en 2009, les exportations françaises ont globalement reculé de 18% dans l’archipel au cours des 9 premiers mois. Elles devraient normalement reprendre leur croissance en 2010, sans retrouver néanmoins leur niveau de 2008. Dans ce contexte difficile, très peu d’exportations françaises ont progressé en 2009, à l’exception de la pharmacie, des eaux minérales, des produits laitiers et fromages et des aliments pour animaux de compagnie...

Les sociétés françaises se positionnant sur les créneaux de consommation de masse au Japon (qui sont loin d’être la majorité), peuvent aussi profiter de la relance du pouvoir d’achat des ménages privilégiée par les plans gouvernementaux. Le tournant écologique pris par le nouveau Premier Ministre japonais peut aussi créer de nouvelles opportunités dès 2010, comme par exemple les subventions prévues pour le double vitrage dans le cinquième plan de relance. Les équipementiers automobiles français qui fournissent les fabricants japonais de véhicules économes en énergie peuvent tirer parti par ailleurs des mesures de relance en place depuis 2009 et qui vont être reconduites.

Le yen restera-t-il à son niveau actuel par rapport à l’euro ?
L’appréciation du yen depuis la crise a été une bonne nouvelle pour la compétitivité des exportations françaises au Japon, mais va-t-elle durer ? Tout dépendra essentiellement du phénomène du "carry trade", c’est à dire de la spéculation massive des marchés financiers qui consiste à jouer les différentiels de taux d’intérêt sur les devises. Avant la crise, le yen était la monnaie d’emprunt du carry trade, du fait des faibles taux relatifs japonais, et avait donc tendance à baisser. Aujourd’hui, c’est plutôt le dollar qui a pris la place du yen et qui est donc sur une tendance baissière, entraînant la monnaie chinoise dans sa pente. À terme, du fait de la déflation japonaise, les taux d’intérêt seront sans doute plus élevés aux États Unis et en Europe qu’au Japon et le yen pourrait donc reprendre sa baisse relative, en redevenant la monnaie d’emprunt favorite du carry trade. Il est néanmoins très difficile et même aventureux de faire des prévisions à moyen terme en matière de changes !

Le Japon va-t-il s’installer dans la déflation ?
Il est peu probable que la baisse des prix observée au Japon en 2009 devienne permanente, car la récession devrait progressivement s’effacer. En revanche, la nouvelle attirance du consommateur japonais pour des produits moins chers est en train de devenir structurelle et l’offre française n’en a pas encore entièrement tiré parti. Il y a sans doute en effet de la place au Japon pour de nouvelles marques françaises proposant des produits de gamme moyenne mais de qualité, comme on le voit avec le succès de Zara, de H&M ou de Uniqlo.

La volonté du nouveau gouvernement japonais d’entretenir une relation plus égalitaire avec les États-Unis va-t-elle favoriser l’Europe et la France ?
2010 sera sans doute une année test pour l’Europe au Japon. Nous avons une carte à jouer qui n’existait pas avant l’arrivée des démocrates au pouvoir. Si la relation avec les États-Unis se banalise un peu, si le Japon dans son ensemble est vraiment prêt à chercher de nouvelles références et de nouveaux partenariats, alors nous devrions mieux nous placer sur de nombreux dossiers de coopération industrielle et technologique, de même que sur les grands contrats. Un nouvel espace devrait pouvoir se créer aussi pour la négociation économique Europe - Japon que beaucoup appellent de leurs vœux. Une chose est certaine néanmoins : les bénéfices à attendre de la nouvelle approche japonaise n’arriveront pas de manière spontanée, il faudra aller les chercher. À cet égard, la relation politique France- Japon sera déterminante en 2010.

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